Autres vecteurs

Plusieurs autres vecteurs facilitent l’introduction d’espèces exotiques envahissantes. En voici quelques-uns.

• Horticulture
• Pêche sportive
• Navigation de plaisance
• Aquaculture
• Commerce international
• Commerce en ligne
• Transport maritime
• Tourisme
• Échec des mesures de contrôle par la lutte biologique
Poissonneries

 

Horticulture

L’horticulture est un des vecteurs les plus importants d’introduction et de dispersion de plantes exotiques envahissantes sur la planète1. Depuis des dizaines d’années voire des siècles, des botanistes, des obtenteurs (sélectionneurs d’espèces pour la mise en marché) et des horticulteurs amateurs rapportent de leurs voyages des espèces appréciées pour leur beauté et leur exotisme, qu’elles soient terrestres ou aquatiques. En garnissant leurs plates-bandes et leurs jardins d’eau ou en les mettant en marché, ils facilitent leur introduction et leur dispersion. Certaines de ces plantes s’acclimatent très bien à leur nouveau milieu, allant même jusqu’à proliférer. À l’occasion, certaines réussissent même à s’implanter dans le milieu naturel. Au Québec, environ 40 % des 890 plantes exotiques naturalisées ont été introduites comme plantes ornementales2. Heureusement, bien qu’elles soient toutes capables de se développer dans nos milieux naturels, seule une petite proportion parmi celles-ci s’avère envahissante.

 

Pêche sportive

La pêche sportive est une activité récréative qui favorise l’introduction de nombreuses espèces exotiques aquatiques. Les plans d’eau douce canadiens comptent 230 espèces de poissons dont 23 sont d’origine exotique. De ce nombre, 17 (65 %) ont été introduits volontairement pour ce loisir3. Les poissons sont pour la plupart introduits pour être pêchés par la suite, ou involontairement lorsqu’utilisés comme appât pour pêcher d’autres espèces plus prisées. D’autres organismes aquatiques sont également introduits par les appâts, dont l’écrevisse à taches rouges.

 

Navigation de plaisance

Le tourisme nautique est un vecteur de dispersion d’espèces exotiques envahissantes très important. Mollusques, larves, plantes et algues voyagent avec les embarcations, bien dissimulés sur la coque, le moteur, l’hélice, le fond du bateau, l’équipement ou tout autre interstice. Lorsque les embarcations sont transportées d’un plan d’eau vers un autre, ces passagers clandestins peuvent franchir de grandes distances. À titre d’exemple, le bassin des Grands Lacs compte 5,7 millions de bateaux de plaisance4. Plusieurs de ces amateurs voyagent d’un bassin hydrographique à un autre… de temps à autre.

 

Aquaculture

L’aquaculture désigne la production contrôlée, en milieu naturel ou en bassin, d’animaux ou de végétaux aquatiques destinés à l’alimentation. C’est présentement le mode de production animale qui connaît la plus grande croissance mondiale, estimée à 7 % annuellement5. En 2006, cette industrie a produit 51,7 millions de tonnes de produits animaux, soit un chiffre d’affaires de 78,8 milliards de dollars US5. Cette activité est aussi un vecteur de propagation d’espèces exotiques envahissantes. Les espèces aquatiques exotiques comptent pour une proportion importante de la production aquicole dans plusieurs régions du monde, atteignant jusqu’à 74% des stocks produits en Amérique du Sud et dans les Caraïbes6. Il arrive souvent que des individus d’élevage s’échappent dans un milieu naturel et foisonnent au détriment des espèces indigènes. L’aquaculture favorise aussi le développement et la propagation de parasites et de maladies puisque les organismes sont nombreux à être élevés dans des espaces restreints. Les individus qui s’échappent en nature peuvent donc transmettre ces maladies aux populations indigènes et par conséquent en diminuer l’abondance. Finalement, la pollution génétique est une conséquence notable de l’introduction d’animaux d’élevage en milieu naturel. Les animaux d’élevage sont sélectionnés génération après génération pour leur capacité de produire de la chair. Or, cette caractéristique n’est pas nécessairement un atout en milieu naturel et les poissons résultant du croisement entre un poisson sauvage et un poisson d’élevage ont généralement moins d’aptitudes pour la survie et la reproduction6.

 

Commerce international

À l’ère de la mondialisation, l’essor du commerce international est intimement lié à l’augmentation du nombre d’invasions par des espèces exotiques. L’ampleur de l’import/export est en fait un déterminant significatif du nombre d’espèces exotiques envahissantes qui s’implantent sur la planète7. En plus des eaux de ballast et des coques de bateaux, les organismes exotiques voyagent par voies aériennes et terrestres (routes et voies ferroviaires)7.

 

Commerce en ligne

Le commerce en ligne connaît un essor monumental depuis quelques années. Aux États-Unis seulement, les ventes sur internet se chiffraient à 194 milliards de dollars en 2011, un bond de 16 % par rapport à l’année précédente8. Aujourd’hui, presque tout peut s’acheter sur internet, y compris des organismes vivants. Étant donné son accessibilité et la difficulté pour les autorités gouvernementales de réglementer ce secteur, le commerce en ligne d’espèces exotiques envahissantes s’avère être un vecteur de dispersion particulièrement redoutable8. En effet, même lorsqu’une réglementation existe, il est difficile de l’appliquer puisque beaucoup de vendeurs de plantes et d’animaux en ligne ne fournissent pas leurs coordonnées, ni la provenance des organismes vendus. À titre d’exemple, il est possible, aux États-Unis, d’acheter facilement sur internet plusieurs espèces de plantes aquatiques figurant sur la liste fédérale des plantes nuisibles ou sur les listes des plantes nuisibles de certains états9. De plus, les organismes sont souvent mal identifiés; leur nom scientifique est souvent non-disponible ou erroné. Finalement, il est fréquent que les spécimens commandés soient accompagnés d’autres espèces, par exemple des parasites, des micro-organismes, des fragments d’algues, des semences ou d’insectes10. Bref, aucun standard ne régit le commerce sur internet.

 

Transport maritime

Le transport maritime joue un grand rôle dans le déplacement d’espèces exotiques et ce, principalement de deux façons: 1) les différentes espèces aquatiques peuvent adhérer sur de longues distances aux coques des bateaux ou 2) l’eau de lest contenue dans les ballasts permet le transport de plusieurs organismes vivants. Ce vecteur est d’ailleurs reconnu depuis toujours au Canada comme étant celui ayant permis l’entrée d’environ 75 % des espèces exotiques dans les Grands Lacs12. L’eau de lest (ou eau de ballast) peut contenir jusqu’à des centaines d’espèces différentes, que ce soient des microorganismes planctoniques, des fragments d’algues et de plantes aquatiques, des invertébrés aquatiques, des petits poissons, des œufs et larves de poissons/invertébrés marins12. Heureusement, en 2006, le Canada et les États-Unis ont mis en place un programme conjoint afin que les navires renouvellent leur eau de lest avec de l’eau salée en pleine mer avant d’atteindre les Grands Lacs. Alors que 34 espèces s’étaient introduites dans les Grands Lacs via les eaux de ballast entre 1959 et 2006, aucune nouvelle espèce exotique n’a été décelée depuis l’implantation de la réglementation nord-américaine13.

 

Tourisme

Les touristes sont aussi, bien malgré eux, des vecteurs de propagation d’espèces exotiques envahissantes. Des fragments de plantes et des insectes peuvent se retrouver dans les valises des voyageurs, sur leurs vêtements ou leurs chaussures1. Les souvenirs rapportés peuvent par ailleurs cacher des parasites et les voyageurs eux-mêmes sont susceptibles de véhiculer des maladies. Et cela est sans compter les nombreux spécimens transportés volontairement, de façon légale ou non1! Et comme l’industrie du tourisme est en croissance et que les destinations soient de plus en plus diversifées, le transfert d’espèces exotiquees envahissantes est d’autant plus grand. Simplement pour 2010, l’Organisation mondiale du tourisme estime qu’il y a eu 940 millions de voyages internationaux, soit une augmentation de 39 % par rapport à 200014. Également, les cinq pays les plus populaires qui se partageaient 71 % des voyages en 1950 ne ramassent que 31 % en 201014! Enfin, bien que des normes d’importation aient été créées, il reste que l’industrie du voyage est florissante et que les espèces susceptibles d’en tirer avantage sont décuplées.

 

Enjeux des mesures de contrôle biologique

La lutte aux envahisseurs peut se faire de façon biologique. Une des méthodes de lutte biologique consiste à introduire un prédateur ou un parasite (agent de lutte) qui s’attaquera à l’espèce exotique indésirable. C’est, en théorie, une excellente idée, car la plupart des espèces exotiques envahissantes n’ont pas de prédateurs dans leur milieu d’accueil, favorisant ainsi l’expansion de leurs populations. Cette méthode est cependant risquée; des chercheurs ont mis en évidence le fait que des espèces non-indigènes introduites comme outil de contrôle d’une autre espèce exotique peuvent conduire à l’extinction des espèces indigènes et déséquilibrer complètement des écosystèmes15. En Australie, par exemple, on a introduit en 1859 des lapins pour la chasse sportive. Voyant qu’ils proliféraient à outrance, on a décidé ensuite d’introduire des renards pour les chasser. Or, les renards, prédateurs généralistes, se sont aussi nourris de plusieurs espèces d’oiseaux et de marsupiaux indigènes, dont les populations sont très fragiles16. De nos jours, les agents de lutte biologique font l’objet d’un contrôle rigoureux. Au Canada, c’est l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) qui s’occupe de l’autorisation des introductions d’agents de lutte, via un comité d’examen de la lutte biologique composé de divers experts. La demande est aussi soumise à des départements semblables aux États-Unis et au Mexique et ce n’est qu’une fois toutes les informations et autorisations en main que l’ACIA prend une décision finale17.

 

Poissonneries

Les marchés de poissons et autres organismes aquatiques vivants sont un vecteur d’introduction d’espèces exotiques envahissantes bien connu. C’est d’ailleurs par ce vecteur que certaines espèces, dont des anguilles du genre Anguilla et le poisson à tête de serpent, ont pu s’implanter dans certains états américains18. Dans leur étude de 2005, Rixon et ses collaborateurs ont d’ailleurs répertoriés 14 espèces de poissons vendus vivants dans des marchés de Toronto, Windsor et Montréal18. Parmi ceux-ci se trouvaient la carpe à grosse tête, la carpe de roseau et le tilapia, tous non-indigènes aux cours d’eau environnants à ces marchés18!

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