Poisson à tête de serpent

(Channa argus)

Origine et distribution

On compte 26 espèces du genre Channa, toutes originaires d’Asie1. Toutefois, Channa argus, le poisson à tête de serpent, est l’espèce la plus disponible dans les marchés de poissons vivants aux États-Unis et c’est pourquoi l’emphase est ici portée sur celle-ci1. En effet, ce poisson a été introduit chez nos voisins du sud pour subvenir à la demande des marchés de poissons vivants et ils ont même commencé à l’utiliser en aquaculture1. Hormis son aire de répartition originelle, ce poisson est aujourd’hui établi dans certains états américains (Virginie, Maryland, Pennsylvanie et New York, entre autres)2.

 

Description

Les poissons de la famille des Channidae (2 genres : Channa en Asie et Parachanna en Afrique) sont communément appelés poissons à tête de serpent en raison de leur corps allongé et cylindrique1. Plus spécifiquement pour C. argus, c’est un poisson de grande taille, pouvant mesurer jusqu’à 85 cm de longueur (des spécimens mesurant presque 1,5 m auraient été rapportés en Russie)1. La large bouche de ce poisson est assez typique du fait qu’elle continue en arrière des yeux1. Sa dentition est très impressionnante avec des dents ressemblant à des canines1. Les nageoires dorsales et anales du poisson à tête de serpent sont très allongées alors que sa nageoire caudale est arrondie1. Côté coloration, tant les juvéniles que les adultes partagent le même patron : coloration foncée avec des taches noires.

Poisson à tête de serpent

Channa argus © 2013 Joseph R. Tomelleri – Cimarron Trading Company | joe@americanfishes.com

 

Deux autres poissons retrouvés au Québec pourraient être confondus avec cet envahisseur : le poisson-castor (aussi appelé amie, Amia calva) et la lotte (Lota lota). Le poisson-castor peut être différencié de du poisson à tête de serpent par l’absence d’écailles sur sa tête, ses nageoires pelviennes et pectorales distancées et la tache oculaire située à la base de la queue des mâles et des juvéniles. Quant à la lotte, elle peut être distinguée par son barbillon sous la mâchoire et la présence de deux nageoires dorsales, le poisson à tête de serpent n’en ayant qu’une seule2.

 

Habitat et biologie

Ce poisson préfère les petits étangs à eau stagnante et à fond boueux avec des herbiers aquatiques, mais peut aussi le retrouver dans les canaux, réservoirs, lacs et rivières1. Étant donné sa grande aire de distribution d’origine, c’est un poisson qui résiste bien à un vaste éventail de conditions climatiques (0 – 30°C)1. Fait rare, cette famille de poisson doit fréquemment remonter à la surface de l’eau pour respirer de l’air et peut donc bien tolérer les conditions hypoxiques (réduction de la concentration d’oxygène dissous dans l’eau)1. Cette capacité leur permet enfin de se déplacer hors de l’eau, entre différents plans d’eau, en s’aidant à l’aide des nageoires pectorales1.

Le poisson à tête de serpent atteint sa pleine maturité sexuelle à environ 3 ans (soit à une longueur d’environ 30 à 35 cm)1. Le nombre d’œufs libérés par la femelle varie entre 1 300 et 15 000, avec une moyenne de 7 3001. Les larves du poisson à tête de serpent se nourrissent de zooplancton (cladocères, copépodes, larves de chironomides, etc.). C’est après avoir atteint environ 15 cm que les juvéniles commenceront à manger d’autres poissons avec grande voracité. Ceux-ci pourraient d’ailleurs consommer des proies faisant jusqu’à 33 % de leur propre longueur1!

 

Pourquoi s’en soucier

Tous les efforts possibles devraient être mis en place pour empêcher l’établissement de ce poisson dans les cours d’eau du Québec. Tel que mentionné ci-haut, ces poissons sont des prédateurs : leurs impacts pourraient donc perturber de façon importante l’équilibre des écosystèmes envahis3. Aussi, étant donné leur capacité à se déplacer en dehors de l’eau, la dispersion vers d’autres plans d’eau pourrait être facilitée, et conséquemment, la gestion de cet envahisseur s’en verrait davantage compliquée3. Finalement, ces poissons sont reconnus comme étant agressifs, particulièrement lorsque lorsqu’ils protègent leur progéniture3. Pour ces raisons, la possession et la vente de spécimens vivants de cette espèce sont interdites au Québec4.

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